Je partage : mon alimentation (Les MoCA) / Service en plus

Les nouveaux MoCA Kézako ?
Locavores, Ekovores, Slowfood, pétrophobes, jardins partagés, cultures biologiques, dispositifs urbagricoles, circuits courts, AMAP, cuisines partagées, LOHAS, GASE, … peut-être avez-vous déjà entendu parler de l’un ou plusieurs de ces mouvements citoyens qui années après années se développent un peu partout dans le monde. C’est ce que je regroupe sous l’acronyme MoCA pour parler des nouveaux Mouvements Collaboratifs Alimentaires.
Un contexte mondial qui engendre des idées nouvelles où le rapport humain prime
Terres agricoles grignotées par la spéculation, urbanisation galopante, impact du changement climatique sur la production agricole (inflation, dégradation, érosion), pression croissante d’une production non durable sur les écosystèmes, évolution de la spéculation sur le marché des produits agricoles de base, concentration des pouvoirs dans les mains de quelques acteurs agro-industriels, inéquitabilité des rapports mondiaux (lutte contre la faim dans les pays du sud, lutte contre la « suralimentation » du monde occidental), augmentation de la population mondiale …

Face à ces urgences de plus en plus de citoyens tentent d’apporter des réponses.

Le contexte de crise globale actuelle, difficilement endigué par les politiques, pousse de plus en plus de citoyens à trouver des solutions alternatives, à agir collectivement, à créer de nouveaux rapports aux autres et aux ressources. En plaçant l’humain et la nature au cœur des préoccupations plutôt que le profit et l’accumulation infinie de biens, qui abouti à épuiser et à ruiner les ressources, ces mouvements proposent un « mieux vivre ensemble ». Internet permet à ces mouvements de s’étendre comme jamais auparavant.

Née en Italie en 1989, le SlowFood (ou Écogastronomie) s’oppose aux principes du fast-food et de la standardisation des goûts qui en découle. Il vise à faire la promotion de l’alimentation locale, des traditions culinaires, à proposer des programmes d’éducation du goût et à relier producteurs et consommateurs. Son objectif est de développer un modèle d’agriculture moins intensif et de soutenir les producteurs qui proposent des produits alimentaires de qualité. Loin de se confiner à la seule Italie cette association est devenu en quelques années un mouvement international qui aujourd’hui compte plus de 100.000 membres dans 153 pays (en France). SlowFood a lancé de nombreux projets comme l’Arche du Goût (1996) , qui vise à inventorier, grâce aux sentinelles du goût, les produits alimentaires menacés d’extinction par la standardisation industrielle, ou Terra Madre, un réseau mondial de communauté qui vise à sauvegarder la qualité des productions agro-alimentaires locales.

Au Japon, au début des années 90, le phénomène des Lohas (Life of Health and Sustainability) est né d’une vive réaction à la « junk food » et au mode de vie ultra-consumériste considérés comme nocif pour le développement personnel. Le Lohas prône une vie plus saine et durable : consommation exclusivement bio et macrobiotique, recyclage de tous les déchets, utilisation de produits écologiques, productions personnelles, échanges, il estime que le bien-être passe par la protection de l’environnement. Aujourd’hui, 30% des japonais et 17% des américains se déclarent Lohas.

Inventé aux Etats-Unis en 2005 à l’occasion de la journée mondiale de l’environnement, le mouvement des Locavores propose de ne manger que des aliments cultivés ou produits à l’intérieur d’un rayon de 100 miles (160 kilomètres). S’il permet quelques exceptions (sel, poivre, épices et autres petits plaisirs venu d’ailleurs), ce mouvement se veut avant tout un acte respectueux de l’environnement par le maintien de la diversité des paysages et des écosystèmes en évitant les monocultures (qui entrainent un épuisement des sols et perturbe la biodiversité) – Un exemple concret en France: Ici : l’Epicerie Locavore, implantée à Bagnolet (93), est une fabrique de produits d’épicerie biologiques et locavores qui propose des pâtes, de la polenta, des légumineuses et des farines dont les ingrédients proviennent exclusivement d’Île-de-France (hors lin, sésame, gluten, et cumin).

Je partage : ma consommation – le groupement d’achat en circuit court

Au Japon, au milieu des années 60, une communauté de familles s’inquiète du déversement de produits chimiques en masse sur les cultures et crée les Teikei. Système de distribution directe entre producteurs biologiques et consommateurs impliqués, le Teikei est une philosophie. Au Japon, on estime qu’1 foyer sur 4 participe à un Teikei.

En Suisse, dans les années 60, des fermes communautaires forment des Food Guilds, devenus les ACP (agriculture contractuelle de proximité) , qui permettent de faire sauter les nombreux intermédiaires liées au circuit « traditionnel » de distribution, limitant ainsi les surcoûts et favorisant l’échange direct à un prix équitable entre consommateur et producteur. Les produits sont locaux, de saison, de préférence de culture biologique contrôlée et sans OGM.

Aux Etats-Unis, en 1985, les Community Supported Agriculture (CSA) , au Canada Community Shared Agriculture, s’inspirent des ACP suisse. Ils se composent d’une communauté d’individus qui s’engagent à soutenir à une exploitation agricole où les producteurs et les consommateurs partagent les risques et les avantages de la production alimentaire. Les données recueillies en 2007 par le Département américain de l’Agriculture indiquent que 12 549 exploitations agricoles commercialisent des produits par le système des CSA aux USA.

En France, l’agriculture biologique est passée en quelques années de la marginalité à la reconnaissance. De 3 600 producteurs en 1995 nous sommes passés à 22 600 au premier trimestre 2011. D’un côté, on assiste à un mouvement d’agriculteurs qui souhaitent aller vers des pratiques nouvelles, aux antipodes de celles, parfois aberrantes, employées au XXe siècle. De l’autre côté, on assiste à une prise de conscience de plus en plus collective et à des citoyens qui passent à l’action. Ce sont ces deux phénomènes qui ont donné naissance à la première AMAP en avril 2001 à Aubagne (13). Cette Associations pour le Maintien de l’Agriculture Paysanne est un groupement de consommateurs qui signent un contrat solidaire en payant à l’avance une part de la production d’une ferme sur une période. L’AMAP soutien ainsi directement la production d’un agriculteur local (ce que l’on appel officiellement depuis 1999 le circuit court) et, à travers sa charte, l’oblige à être en bio ou en conversion. Fin 2011, on comptabilise 1600 AMAP sur toute la France, soit près de 270.000 consommateurs.

Le réseau international URGENCI regroupe les Teikei, les AMAP, les CAS et CSA anglophone, l’ASC québécois, les Reciproquo portugais, les GASAP belge, les ACP suisse, les GAS italien, etc.

En France, dans la foulée du mouvement AMAP de nombreuses associations proposent sur leurs sites web des achats groupés aux producteurs pour développer les circuits. C’est le cas de Choux fleurs et pissenlits par exemple ou de Greenrepublic.fr (équivalent de Marché durable en Suisse) qui propose aux citadins d’Ile-de-France un panier bio contenant 3,5 kilos de légumes de saison pour 10€. Une commande avant 14heures permet de recevoir les légumes locaux le lendemain, sans être obligé de s’abonner. Sur le principe de l’achat groupé, la livraison est gratuite à condition de se mettre d’accord avec au moins trois collègues de bureau.
En Bretagne, en 2009, une association (Le Pot Commun) crée le mouvement des GASE (groupement d’achat service épicerie). Son objectif, apporter une complémentarité au service proposé par les AMAP en regroupant les achats de biens non (ou peu) périssables des producteurs locaux ou de petites plateformes de distribution (produits bio, équitables…) pour ses adhérent(e)s. Ces produits sont revendus sans majoration (hors frais de transport) et le lieu est autogéré par les adhérents. Les cotisations mensuelles permettent de financer les frais fixes (loyers, électricité, mobiliers..). Fin 2011, 4 GASE (en Bretagne et à Nice) étaient ouverts et 8 en projet.

À Londres, a ouvert en 2010 un supermarché d’un nouveau genre : The People’s Supermarket. Il regroupe 350 membres qui sont à la fois gestionnaires et propriétaires. L’objectif de cette coopérative est de vendre des produits bio, éthiques ou locavores à des prix équivalent de ceux pratiqués par la grande distribution. En échange d’une cotisation annuelle, les membres décident des produits, fournisseurs et horaires du magasin et s’engagent à y travailler bénévolement 4h par mois (en échange, ils profitent de 10% de réduction sur l’ensemble du magasin).

En France, en janvier 2011, ont ouvert simultanément sur tout le territoire des Ruches de 50 personnes issues du site La Ruche qui dit Oui ! L’objectif de ce site est de proposer un nouveau modèle de circuit court en supprimant au maximum les intermédiaires. Il fonctionne comme un groupement d’achat inversé : ici c’est le producteur qui fixe le prix qui lui semble le plus juste pour un nombre minimum de commandes. De l’autre côté, le site permet aux consommateurs de se regrouper pour pouvoir en bénéficier. Les produits sont issus de producteurs locaux mais par forcément bio. Les distributions se font chez un particulier qui prend en charge la collecte des produits pour les autres membres (et touche ainsi une marge de 10%). Le producteur augmente ses revenus et le consommateur paye moins cher qu’en grande surface. La Ruche qui dit Oui ! compte aujourd’hui 222 ruches et a déjà donné des idées à d’autres comme Whole share qui vient d’ouvrir aux Etats-Unis!
Je partage : ma propre production. Je prête, tu cultives, on partage.

Nés à New York au début des années 1970, Les jardins communautaires (ou jardins partagés) sont des jardins gérés en commun par un groupe d’habitants sur des friches urbaines. Héritiers des jardins ouvriers (devenus jardins familiaux après la seconde guerre mondiale) nés à la fin du XIXe siècle, ce sont des parcelles de terrain mises à la disposition des habitants par les municipalités. Partage de savoir, entraides, rencontre, production locale ces jardins améliorent le cadre de vie et permettent des échanges entre personnes d’origine géographique, de milieux sociaux et d’âges différents tant en ville qu’à la campagne. Ces dernières années, les demandes en jardins ont augmenté de manière importante, allongeant les listes d’attente déjà bien chargées. Ainsi de nouvelles idées germent !
Né en septembre 2011, le site Savez-vous plantez chez nous ? , propose de prêter son jardin en échange du partage de la récolte. Sur le principe de « tout le monde n’a pas la chance d’avoir un jardin » il met en lien des jardiniers amateurs en manque de vert avec des propriétaires de jardins non exploités. Une manière solidaire de favoriser la naissance de nouveaux potagers.

Je partage : ma production personnelle. Une économie circulaire.

Cette envie de manger local et varié à un prix juste en profitant de la communauté a fait naître de nombreuses idées un peu partout sur la toile. Ainsi, trois initiatives, nées conjointement en 2009, proposent à des producteurs amateurs de vendre leur surplus, et à des consommateurs d’acheter des produits naturels près de chez eux : Le Potiron, Ça vient du jardin, Les Ptits fruits solidaires … et c’est parfaitement légal, du moment que le jardin est attenant à la maison ou inférieur à 500 m2. Les avantages de ce commerce sont nombreux: les produits proposés sont souvent écologiques (pas ou peu de produits chimiques), de saison, locaux et peu onéreux, puisque les marges des intermédiaires sont supprimées.

Si vous ne vous sentez pas la main verte mais que vous voulez profiter du savoir-faire de vos voisins, vous pouvez vous rendre sur Super-Marmite . Un site, né en fin 2010, qui propose à des particuliers de vendre une ou plusieurs parts d’un repas qu’ils ont cuisiné pour en faire bénéficier d’autres particuliers !
Vers des liens sociaux toujours plus fort…

Circuit court, économie circulaire, jardinage collectif, … Le collectif des Ekovores va encore plus loin et milite pour la reconstruction des liens locaux entre producteurs et consommateurs sur l’espace public des villes. Né en 2010 de l’imagination fertile des designers de l’agence nantaise Faltazi, les Ekovores proposent le principe d’une économie circulaire locale incluant l’ensemble des étapes nécessaires, de la fabrication du produit à sa vente, tout en valorisant et récupérant la majorité des « externalités » produites (déchets issus des exploitations, de la fabrication ou de la consommation). Ce qu’ils appellent l’« urbaculture » doit prendre place dans les espaces délaissés, en proche ou lointaine couronne des villes, via des infrastructures ingénieuses, flexibles et modulaires.

La sobriété heureuse, le nouveau monde de Pierre Rabhi.
Nota :
– Le blog « locavore’spirit* » d’Anne-Sophie Novel, journaliste pour écolo-info (mettre lien) en autre !
– Le Recueil d’expériences innovantes de la FNAB
– Le livre d’ Hiroko Amemiya, « Du Teikei aux AMAP, le renouveau de la vente directe de produits fermiers locaux », 2011
– Les films : Le Temps des Grâces de Dominique Marchais – A regarder d’urgence pour comprendre le monde agricole d’aujourd’hui. Et Solutions locales pour un désordre global de Coline Serreau qui apporte des réponses pertinentes. Il y en a évidemment plein d’autres, mais ce sont mes chouchoux !