Nantes invente la ville verte de demain / Innov’ in the city


par Elsa Sidawy

Un poulailler design place Graslin, une serre tunnel le long de l’Erdre, des ruches sur pilotis au beau milieu d’un rond-point… Ces idées extravagantes sont au cœur d’un projet de prospective urbaine baptisé « Ekovores », imaginé par deux designers industriels nantais de l’agence Faltazi. Un programme vertueux que Nantes, qui se prépare à devenir capitale verte de l’Europe, regarde de près.

Réinventer l’agriculture urbaine de proximité
Plutôt habitués à dessiner des bouilloires et des cocottes minutes que de vraies cocottes, Laurent Lebot et Victor Massip, alias les Faltazi, les ont remisé pour un temps afin de s’attaquer à une problématique complexe : inventer la ville verte de demain. « Notre projet s’inspire de ce qui se passe aujourd’hui à Détroit, dans les transitions towns et des principes prônés par les locavores », expose Laurent Lebot. Volontiers provocatrice, l’idée n’en est pas moins pragmatique : rendre nos villes moins pétro-dépendantes, se questionner sur l’origine de notre alimentation et in fine réinventer les liens entre producteurs et consommateurs. Au centre des réflexions, la réhabilitation des circuits courts, démarche très en vogue à l’heure actuelle. Mais quand certains imaginent des tours vertes, les Faltazi, comme se surnomment ces deux hurluberlus, conçoivent la ville comme un comme un système de production alimentaire global, sur le principe de « l’économie circulaire locale ». Une ville auto-suffisante en somme où les aliments seraient produits sur place et les déchets deviendraient des ressources : « nous voulons offrir de nouvelles villes capables d’encaisser les déchets et les valoriser », résume le designer.

Des fermes d’urgence aux barges marché
Après la philosophie donc, place au pragmatisme. Comment, avec un coût du foncier qui explose, donner à l’agriculture de proximité la place qu’elle mérite ? Les deux designers ont imaginé différents dispositifs. En périphérie d’abord, prendraient place des fermes d’urgence qui seraient installées pour stimuler la production maraîchère locale. En appui : la serre maraîchère et le poulailler. En se rapprochant du centre urbain, les équipements se font plus modulables et plus accessibles : les jardins familiaux flottants, ancêtres des jardins partagés, la serre-tunnel où se côtoient jardiniers, cyclistes et piétons ou encore le rucher de ville sur pilotis. Pour distribuer cette nourriture, les Faltazi ont imaginé la remorque AMAP et la barge marché. Pour transformer les denrées fraîches, les conserveries de quartiers et les légumeries s’intégreraient aux pieds des bâtiments. Enfin pour valoriser les matières, les toilettes sèches publiques, le composteur de quartier, le réservoir de façade et le poulailler urbain rendraient de précieux services pour la gestion des déchet (voir pages suivantes).

« Ils ont une démarche un peu rentre-dedans mais ont le mérite de poser de vraies bonnes questions », avoue Frédéric Vasse, conseiller en communication et prospective auprès du maire et président de région Jean-Marc Ayrault. L’élu a rencontré les deux complices afin d’envisager une collaboration avec la collectivité. « Ce qui nous a semblé intéressant dans leur projet, c’est tout ce qui tourne autour de l’alimentation. Il y a un vrai sujet autour de la « ville nourricière », c’est-à-dire comment un territoire urbain peut aussi être un territoire de relations à la production, à la terre et à la question agricole ».

Nantes 2013, capitale verte européenne
Si certaines de ces propositions font sourire, les élus nantais prennent la chose très au sérieux. Les ruches urbaines, le marché flottant, les composteurs de quartier et l’agriculture urbaine ont déjà bonne presse dans la capitale des ducs de Bretagne. « Nous sommes les plus avancés en France sur les programmes liés à l’agriculture péri-urbaine : nous apportons un soutien actif aux agriculteurs qui s’installent et délimitons férocement l’étalement urbain pour préserver une activité agricole au plus près de la ville », rappelle Frédéric Vasse. Si la ville n’a pas encore pris d’engagement ferme auprès des Faltazi, les premières expérimentations auront bel et bien lieu à Nantes. Rendez-vous est pris au plus tard pour 2013, année lors de laquelle Nantes sera capitale verte européenne : « en tant que capitale verte, la question entre alimentation et hyper urbain est un sujet que nous voulons traiter car il répond à notre projet politique d’une société post-carbone et pose en même temps la question de la qualité de consommation ». Dernière touche au triptyque développement durable de ce projet : tous ces dispositifs innovants seraient vecteurs de nouveaux métiers non délocalisables, comme les pères poules ou les maîtres conserve : « sur le projet Ekovores, il y a vraiment des innovations à la croisée entre l’emploi et l’alimentation », conclut l’homme de communication. En 2013, les poules n’auront toujours pas de dents, mais les Nantais pourront peut-être faire pousser leurs tomates sur des barges flottantes.